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Je viens de me mettre à l’étude du code morse même si la nécessité de le connaître pour devenir radioamateur a été abolie le 5 juillet 2003. Est-ce que je cherche dans ce langage codé, au crépuscule de sa vie utile, une nouvelle technique pour mes communications ? Sans doute pas. En tous cas pas tout à fait. Les raisons principales sont d’un autre ordre d’idées dont une est que je ne peux imaginer un véritable radioamateur tourner le dos au morse. C’est une partie de ce qu’il est ou de ce qu’il devrait être. Malgré le coup dur porté au morse en 2003, mon opinion est qu’il doit continuer à jouer un rôle non négligeable dans la vie du radioamateur. Une question d’étique ? Peut-être bien !

 

L’illustre langage codé bat de l’aile : survie en danger !

Il fut un temps ou connaître le  morse était un atout majeur pour la communication en général. Je me rappelle très bien, au temps de ma jeunesse, combien j’aimais me rendre à la gare de chemin de fer de mon village pour entendre le son mystérieux du langage morse et voir vibrer la clef de transmission annonçant l’arrivée du train.  Mon ami «  l’agent de la gare » le décodait avec une aisance fascinante. Il était comme un grand frère que j’admirais. L’attrait du morse, son aspect mystérieux pour un enfant vivant loin des centres comme moi, fut le déclencheur de ce « vouloir en savoir » plus sur les communications électroniques. Dès mes premières années d’étude en électronique à l’Institut Teccart, je m’étais juré qu’un jour je serais radioamateur. J’ai réalisé ce « rêve » à l’aube de mon troisième âge il y a moins d’un an. Enfin ! Et le code morse m’intéresse toujours même si son lustre m’éblouit moins qu’au temps de ma  jeunesse…

Mais voilà les années ont passé et le code morse a perdu beaucoup de son utilité, et indirectement de sa fascination que la lecture de romans scouts de ma jeunesse exacerbait.  Il est devenu graduellement le parent pauvre de la communication. Pour finalement être poussé dans son dernier retranchement : le radioamateurisme. Il  en fut le bastion jusqu’au début des années 2000. Abandonné par cet ardent défenseur de toujours, le code morse est laissé à lui-même. Il doit sa survie à quelques irréductibles. Devons-nous croire que sa descente vers l’«oubli » est inévitable ?

Que faire devant la téléphonie moderne,  satellitaire au besoin, le téléphone cellulaire, l’Internet, le numérique en général, etc… sinon accepter la réalité. Quant à se soumettre ? L’abandon du morse ne s’est fait que graduellement. Malgré les développements en radiotéléphonie dans les années1970 et 1980,  son utilisation demeurera  populaire pendant un certain temps pour plusieurs raisons dont celle de son utilité pour les gouvernements. La compétence en code morse demeura donc un atout pendant plusieurs années. Mais au début des années quatre-vingt-dix, les services commerciaux et militaires, le mirent de côté. Les radioamateurs, toujours soumis à des examens de morse, demeurèrent les seuls utilisateurs de ce glorieux langage codé. Puis l’exigence tomba en 2003.  Le décrochage ne s’est pas fait attendre. Il est maintenant reconnu que beaucoup de radioamateurs ne connaissent pas le code morse et que plusieurs autres, pourtant qualifiés aux examens, mais ne l’ayant  pas utilisé depuis longtemps, seraient incapables aujourd’hui d’y recourir efficacement. Même si plusieurs radioamateurs s’y adonnent encore avec plaisir, de nombreux autres jugent le morse dépassé et anachronique. Ils  ont raison, mais en partie seulement.

Si le morse doit survivre, le temps presse de lui proposer quelques avenues de mise en valeur ou de raison d’être. Voyons cela de plus près.

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Des décodeurs performants… est-ce assez pour un second début ?              

Avec l’arrivée des traducteurs instantanés double directions morse / langue parlée, il devient facile, malgré quelques contraintes, d’avoir une conversation soutenue avec de vieux  familiers du morse. Des offres d’équipements et de logiciels à cet effet sont bien présentes sur Internet.  Ainsi sans même connaître le code morse, sans pouvoir émettre ou recevoir directement dans ce langage, on peut profiter de la portée incomparable de ce moyen de communication. Voici comment un fournisseur de ce type d’équipement (MFJ) décrit en gros les possibilités de ses traducteurs : « Décodeur CW autonome de poche (plus petit qu'un paquet de cigarettes). Se couple au haut-parleur de votre récepteur grâce à son micro incorporé. Sa technologie utilisant un modem PLL hautement performant lui permet de décoder les signaux même faibles. Mémorisation des 140 derniers caractères reçus. Afficheur LCD haut contraste. Port série permettant le raccordement à un ordinateur. Prise pour liaison directe au haut-parleur ».

Certains modèles ne permettent que la réception. Or, nous savons tous très bien que c’est la réception du morse qui cause problème à beaucoup de sans-filistes à leur début. Cette « bête noire » étant outre passée, par l’usage de l’un de ces appareils, on peut s’adonner plus facilement et agréablement à la conversation « morsienne ». Et lentement, graduellement, en venir à bonifier l’acuité de son oreille de manière à recevoir des émissions de plus en plus rapides. C’est la démarche lente et sans douleur !  Également, l’arrivée (est-ce déjà fait ?) de logiciels performants prêts à être installés sur un ordinateur deviendrait le nec-plus-ultra du sans-filiste ne disposant que peu de temps pour l’apprentissage. Le clavier, l’écran et un microphone suffiraient alors.

Peut-on espérer plus de visibilité pour le morse et ses défenseurs

Poursuivant dans le même ordre d’idées, et s’appuyant sur ce que je viens d’écrire, peut-on espérer que le nombre d’amateurs s’adonnant au morse, compte tenu de l’allégement du processus d’apprentissage, s’accroisse un jour ? C’est une possibilité. Certains voudront sans doute faire l’expérience de ces décodeurs et, de fil en aiguille, devenir des enthousiastes du morse après en avoir constaté la portée incomparable.  Il faut l’espérer.

Manipulateurs de la clé ou du clavier devenus plus nombreux à fréquenter le monde du morse, pourrions-nous imaginer une forme d’association des « amis du morse » qui revendiquerait une place déterminée à l’intérieur du monde des communications ? Ainsi regrouper, ils pourraient signaler formellement leur présence organisée à l’ensemble des corps publics chargés de la sécurité publique. Et offrir une banque d’utilisateurs du code morse « nouveau cru ». Chez-nous, dans le milieu radio amateur, pouvons-nous penser « refaire » une place, sans doute modeste, au morse lors de l’examen supérieur par exemple. Non pas dans le but d’exiger du candidat qu’il puisse émettre ou recevoir en morse, mais simplement qu’il puisse connaître son langage, l’évaluer, le considérer et éventuellement en faire usage. Apprendre le morse est relativement facile. Il suffit de quelques jours sinon de quelques heures. L’effet recherché en réintroduisant le morse à l’examen est surtout pédagogique. Il doit être vu comme un moyen de faire en sorte que le morse ne tombe dans l’oubli. N’avons-nous pas un devoir envers ce vieux compagnon d’autrefois. N’en sommes-nous pas le dernier gardien, nous la communauté des radioamateurs ?

Le morse nous aide à demeurer jeune tout en valorisant le monde radio amateur

Il y a quelques semaines, je lisais un texte intéressant traitant de la santé des aînés et de la nécessité pour eux de faire de l’exercice intellectuel pour atténuer les effets de l’âge. Or parmi les meilleurs exercices proposés pour contrer le vieillissement, outre la lecture et l’écriture, il y a l’étude de la musique et l’apprentissage d’une nouvelle langue. Le morse est une langue à sa manière. Si la codification est simple, la pratique nécessite une habilité cérébrale hors du commun. Pour nous radioamateurs, souvent parvenus à l’âge des tempes grises et de la chevelure blanche, pourquoi ne pas nous lancer à l’étude du morse? Nous en sortirons gagnants autant pour notre loisir que pour notre santé !  C’est à bien y penser. Un peu de mémorisation chaque jour n’a jamais fait de tord à qui que ce soit …

En terminant, pourquoi ne pas tenter une pensée philosophique à propos de l’usage du code morse en ce début du 21e siècle…Et nous questionner sur la raison d’être de ce mode de transmission (qu’on dit dépassé et même pour certains désuet et hors siècle) à l’heure du numérique et des satellites à gros débit ?

Réponse : sans doute pour la même raison qu’on écoute Mozart, Beethoven et Bach à l’heure de la techno à 1000 watts, et qu’on fait de la raquette et du ski de fond à l’heure de la moto-neige et du VTT.

Claude Lalande VE2LCF

 

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http://www.lexilogos.com/clavier/morse.htm

http://baslac.scout.ch/Traducteur-de-Code-Morse.html

http://morsecode.scphillips.com/jtranslator.html

http://www.staps.uhp-nancy.fr/informatique/code_morse.htm

http://www.ges.fr/MFJ-461.php

http://www.eham.net/reviews/detail/1908

http://f6gwo.fr/CW.htm

http://www.universal-radio.com/catalog/morse/3537.html

 

 

Ils ne sont pas plus gros qu’un paquet de cigarettes !

Décodeur Morse MFJ-461

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Décodeur de morse et manipulateur MFJ-464

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